Reportage sur les producteurs andalous de l'AMAP

Actualité - 05/10/2016

Reportage sur les producteurs andalous de l'AMAP

Nos amis de l'AMAP de Noisy Le Grand sont allés rencontrer Floreal Romero, qui gère le groupement de producteurs qui nous livrent nos "agrumes" via l'Epicerie "L'Autre Côté de la Rue". Voici leur reportage.

 

Compte-rendu de voyage en Andalousie et chez Floréal

Floréal et sa femme Annabelle nous ont accueillis dans la « Finca de los Arenalejos» (la petite terre sa-blonneuse mouvante), à Alozaina, à flanc de colline, au nord de la vallée du Guadalhorce, à l’ouest de Ma-laga.

La finca est visible de loin depuis la piste (… quand on la connait … !!!)

La « finca » c’est l’exploitation agricole où poussent les fruits. Nous avons été un peu surpris par l’arrivée dans ce lieu car il faut rouler environ 10 minutes sur une piste très raide et digne d’un 4x4 (nous avions loué une Fiat 500, inutile de vous dire que certains passages ont été « limites ») avant d’arriver à destination.

Un soir, en rentrant d’une visite nous avons même rencontré un troupeau de chèvres sur la piste. C’est vous dire si l’endroit est urbanisé :-)

Floréal (fils de réfugiés espagnols en France), Annabelle, (hollandaise par son père) et Françoise (la seule vraie française) ont voyagé dans le monde entier et se sont installés ici en 1987. Ils ont planté beaucoup des arbres qui les entourent. Leur projet initial de fonder un éco-village ne s’est pas réalisé mais ils ont te-nu bon et ont réussi à rester dans ce petit coin de rêve.

Ils vivent là dans un groupe d’habitations, un ancien moulin et trois autres maisons qu’ils ont construites où logent également Françoise que les espagnols appellent Paquita (diminutif de Francisca), la ma-man d’Annabelle ainsi que Lindir, leur dernier fils.

Avant de produire des fruits, ils ont fait de la poterie : la mère d’Annabelle est toujours potière, elle tourne et cuit de superbes pièces. Elle donne également des cours de poterie.

La famille a ensuite tenu un stand de crêpes et galettes bretonnes sur des foires et marchés et dans des festivals en Espagne et au Portugal.

Ils se rendaient périodiquement en France visiter leur famille et leurs amis et petit à petit, le bouche-à-oreille s’est répandu et ils ont apporté de plus en plus de fruits puis de produits andalous dans leur fourgon jusqu’à en faire leur activité principale.

Ils ont donc créé en 2013 leur entreprise « Actionfruta » dans laquelle Floréal est plutôt « l’animateur » d’un groupe de pro-ducteurs tandis qu’Annabelle se consacre aux côtés organisation, administration et comptabilité.

Le local d’« Actionfruta »

Ils disposent de deux locaux voisins pour le stockage et la préparation des palettes à Álora, à environ 45 minutes de piste et de route de leur finca.

Floréal achète donc leurs produits à des producteurs qui se trouvent presque tous dans un rayon de 40 km autour d’Alozaina, pour les exporter vers la France et quasi-exclusivement à des Amaps. Une exception : les producteurs des vins « Illusion » et « Prana », Martin Alonso Etayo et sa femme Gloria dont la vigne porte l’appellation d’origine « Rioja » qui est au nord de Madrid et que nous n’aurons donc pas la chance de visiter.

Tous les producteurs que nous avons rencontrés sont heureux de travailler en bio pour des Amaps ou des groupements de consommateurs en circuits courts et ont beaucoup apprécié notre visite. Ils sont tous « certifiés bio » et sont fiers de leur « finca », de leurs

outils de production et de leurs produits et ils voulaient tout nous montrer. Pas facile quand on devait en voir plu-sieurs dans la journée : il a fallu planifier et se tenir au programme ! Tous ont l’air de gagner correctement leur vie grâce à leur travail.

Tous s’accordent à dire que le bio nécessite beaucoup plus de travail que le conventionnel (surtout le désher-bage) et que les quantités récoltées sont inférieures de 15 à 20 %, toutes espèces confondues. Mais le métier est plus sain : ils n’utilisent plus, ou si peu, de produits de traitement (uniquement ceux autorisés en bio).  

D’ailleurs,
tous ceux que nous avons rencontrés nous ont affirmé n’utiliser qu’un peu de fumier de cheval au moment de la plantation des jeunes arbres puis des engrais organiques de maintien en fonction de la variété. Les fruits bio se vendant plus chers leur permettent de combler la différence due à la moindre récolte.

Pour l’instant, aucune des plantations que nous avons visitées n’a été victime de maladie ou d’attaque de parasites (insectes ou champignons) comme il y a eu en Italie sur les oliviers …

Floréal, Finca de los Arenalejos, Alozaina :

C’est, bien sûr celui sur lequel nous avons recueilli le plus d’informations même si l’arboriculture n’est pas son unique activité.

Son terrain est irrigué grâce à la « acequia del Mo-ro », sorte de petit canal qui apporte l’eau depuis la montagne sur 8 kilomètres. Comme son nom l’indique, cette « rigole » et ce procédé d´irrigation en général ont été mis en place dans la région à l´époque de l’occupation arabe. Cette eau est parta-gée entre plusieurs producteurs voisins de Floréal. Chez lui, elle remplit une « alberca », un grand ré-servoir en ciment de 6 m de diamètre et 3 m de pro-fondeur.

Ce réservoir permet de stocker l’eau néces-saire à l’arrosage des plantations, deux à trois nuits par semaine grâce à un réseau de tuyaux semi-enterré.

Floréal présente à Brigitte l’installation qui va très bientôt permettre d’arroser automatique-ment les vergers grâce des vannes télécom-mandées par une horloge.

Floréal est producteur d’avocats sur une superficie d’environ 2 hectares. Lui et sa famille prennent soin d’environ 350 arbres de plusieurs variétés, Bacon, Fuerte, Hass, Pinkerton … qui leur permettent de répartir les récoltes de novembre à mai-juin sui-vant les variétés.

Toutes les variétés proposées par Floréal sont goûteuses et se conservent bien. Il nous indique que les variétés les plus pri-sées sont le Hass (petit, noir à maturité, granuleux et récolté en fin de saison) et dans une moindre mesure, le Fuerte (plus gros et rond, plus clair et lisse, récolté en début de saison).

Et les moins demandés sont le Bacon (plus gros, ovoïde, clair et lisse) et le Pinkerton (plus allongé, peau granuleuse, verte et claire).

Mais il ne sait pas exactement ce qui pro-voque ces préférences. A son avis, même s’ils sont différents, lorsque les fruits sont murs, ils sont tous bons.

Floréal nous explique que les feuilles sèches, tombées au sol sous les avoca-tiers, font partie du système mis en place par l’arbre pour se protéger de la séche-resse. Le sol dessous reste humide plus longtemps et ces feuilles finissent par for-mer un humus très profitable aux avoca-tiers. Enfin, cela protège l’arbre de la pousse des mauvaises herbes qui sont des concurrentes au niveau de l’eau et des nutriments.

La variété d’arbres fruitiers qui poussent sur la « finca » est incroyable. Mais il ne commercialise pas tout en direction de la France.

Des orangers, des pamplemoussiers, des clémentiniers, des chirimoyas (entre 20 et 30 arbres qui produi-sent en hiver car ils sont originaire d’Amérique du sud et ont gardé leur cycle de l’hémisphère sud), des grenadiers (qui poussent si facilement que Floréal s’en sert pour faire des haies), des pistachiers mâles et femelles, des oliviers, des kakis (ou plaqueminiers), des abricotiers, des pêchers, de la vigne, des man-guiers, des figuiers, des caroubiers, de l’aloès arborescens, des néfliers du Japon, des pacaniers (qui don-nent les noix de pécan), un noyer de Macadamia (aux noix délicieuses mais très dures à ouvrir, au mar-teau, qui ont un goût qui ressemble, selon Brigitte, à du lait concentré sucré …), des litchis, des goyaviers nains, … ainsi que de superbes plantes ornementales.

Comme tous les arbres que nous verrons pendant nos visites, tous les fruitiers de Floréal sont greffés sur des porte-greffes. C’est vraiment une science dans le choix des deux partenaires : le greffon et l’espèce réceptrice, l’emplacement de la greffe, la manière d’opérer et les soins à apporter ensuite.

Une greffe de pacanier chez Paco Gonzalez

Chaque producteur a bien sûr ses petits secrets mais la recette générale est partout la même, quels que soient les fruits et leurs variétés : porte-greffe + greffon.

Certains portent de jolies petites bou-teilles qui sont en fait des pièges conte-nant une substance qui attire « la mouche méditerranéenne des arbres fruitiers »

Il y a aussi le domaine de Lindir, un poulail-ler de quelques dizaines de poules qui ont donné naissance à de nombreux poussins pendant notre séjour.

Et enfin un potager qui leur permet de ré-colter de quoi nourrir toute la famille.

Nous logions dans un « gîte », une petite maison à proximité de la leur, que Floréal et Annabelle ont construite et louent aux touristes « égarés dans leur coin ».

Leur livre d’or montre bien que cet endroit est paradisiaque et que les locataires en ont emporté un souvenir émerveillé par la beauté de l’environnement, l’accueil et la gentillesse de leurs hôtes.

Pendant notre séjour, Floréal a tenu à nous faire déguster une « véritable paella valenciana » comme la préparait sa ma-man.

Nous sommes donc allés faire les courses avec lui et à cette occasion, nous avons découvert à Coin, petite ville des environs, une « panadería », boulangerie artisanale à l’ancienne, « La Curruca » (la fauvette) dans une petite rue de la vieille ville.

On y fait le pain à l’ancienne, au levain, pétri à la main et on le cuit dans un four en pierre

On fait préalablement brûler du bois dans le four pour le chauffer, puis on retire ce combustible pour y enfourner le pain qui y cuit pen-dant environ 45 minutes.

Centre d’extraction d’huile : Coopérative « Aceite Sierra de Yegüas » à Sierra de Yegüas / Malaga :

Ceferino, qui travaille là, nous a guidé pour une visite complète de l’usine (où nous avons retrouvé les mêmes étapes qu’en Grèce mais à une échelle bien supérieure).

A leur arrivée, les camions déversent di-rectement les olives (principalement des variétés Hojiblanca et Arbequina) dans une cuve au travers de grilles qui arrê-tent le plus gros des feuilles et des branches.

Là, un tapis convoyeur les monte dans un système qui sépare par aspiration les fruits des petites feuilles, brin-dilles et poussières restantes. Les installations exté-rieures comportent deux lignes de traitement dont l’une seulement accueille les olives bio qui sont donc isolées des fruits conventionnels et stockées dans un emplace-ment réservé.

Puis les olives sont lavées, séchées et pe-sées.

Ceferino devant le poste de pesage

Tout est contrôlé par ordinateur depuis une espèce de tour de contrôle.

Les olives sont ensuite stockées dans des trémies, sortes de grands entonnoirs en at-tente de la suite du traitement.

La trémie de stockage des fruits bio

Après, les fruits arrivent au broyeur qui écrase les olives entières (chair + noyau) (je n’ai pas pu le photo-graphier : après chaque « campagne » il est démonté et emballé)

Ceferino nous fait remarquer que toutes les parties mé-talliques en contact avec les olives pendant la totalité des opérations sont exclusivement en Inox. Aucun autre métal ne convient car il provoquerait des fermentations dans la préparation.

Puis la pulpe formée dans le broyeur est amenée aux cuves de malaxage. La pâte est brassée par des hélices pendant environ 1 heure.

Au bout de ce temps, la pulpe malaxée est envoyée à la centrifugeuse et on rince la cuve avec de l’eau froide à moins de 30°C car on est dans un procédé « d’extraction à froid ».

Dans la centrifugeuse qui tourne à 3 000 tours/minute, on sépare l’eau et l’huile de la pulpe pâteuse.

Le mélange d’huile et d’eau obtenu est dirigé vers un séparateur par gravité qui dissocie l’eau de l’huile et on obtient donc à la finale « de l’huile d’olives 100 % pure, extra-vierge, première pression à froid ».

D’autre part, le déchet pâteux précédemment obtenu est valorisé : on sépare la pâte et les noyaux. La pâte peut être revendue à un sous-traitant qui procédera à une seconde extraction d’huile à chaud ou bien utili-sée comme compost. Les noyaux broyés seront utilisés comme combustible pour le chauffage.

L’huile non bio passe ensuite dans trois réservoirs de décantation alors que l’huile bio ne subit pas cette dernière étape. Le dépôt qui reste dans cette dernière parti-cipe au goût et aux bienfaits de l’huile bio.

Après cette dernière opération facultative, l’huile est stockée dans des réservoirs gigantesques en attendant la mise en bouteille.

L’huile (non bio) contenue dans un de ces réser-voirs a obtenu le prix de « Meilleure huile d’olives vierge extra de Malaga ».

Livia Romanceac à Álora

Livia fait un peu la même chose que Jean Pachéco pour notre Amap : elle est ma-raichère et cultive des légumes frais qu’elle distribue chaque semaine sous forme paniers. Elle y ajoute aussi de temps en temps des olives macérées qu’elle achète à Pèpè Selva que nous rencontrerons bientôt.

Ces olives nous sont aussi proposées par Floréal. Elles sont de la variété Manzanilla qui sont plus douces et par-fumées que les autres variétés et peut se conserver des années.

Livia conserve les fruits en saumure puis prépare manuellement tous les pots que nous connaissons en ajoutant un peu d’ail et d’herbes aromatiques au dernier mo-ment.

Paco (Francisco) González à Álora

Paco est fonctionnaire et l’agriculture est pour lui un second métier qui prépare l’avenir. Il nous a reçus dans sa finca très clôturée et gardée par deux chiens en bordure d’une rivière qui a débordé il y a quelques années.

Il cultive des pamplemousses ou pomelos rouges de la variété Ruby Star. Il prend soin de 700 arbres de 7 ans sur une sur-face d’environ 1,5 hectares. Il produit en-viron 3 à 4 tonnes de fruits chaque année et ce chiffre est en augmentation régu-lière.

Petit pamplemousse deviendra gros !

La récolte des pamplemousses s’étale de début novembre à fin janvier.

Dans un autre verger, Paco cultive une centaine de pa-caniers originaires du sud des USA et du nord du Mexique, sur une surface d’environ 1 hectare. Sa produc-tion est d’environ 2 tonnes de noix de pécan chaque an-née, des variétés Maham (la plus longue), Wichita et Pawnee. Ces arbres peuvent vivre une centaine d’années.

Chaque arbre porte des fleurs féminines et masculines. Ces dernières tombent à terre assez tôt dans la saison.

Les noix de pécan sont un des fruits secs les plus caloriques mais leur fort taux d'anti-oxydants leur permet de lutter contre l'excès de mauvais cholestérol.

La récolte va de fin septembre à janvier : la bogue s’ouvre et la noix tombe par terre sur des filets que l’on a préalablement étendus sous les arbres. On « gaule » ensuite les quelques fruits qui restent sur l’arbre. Les arbres de Paco, pamplemoussiers comme pacaniers demandent beaucoup d’eau. Il doit les arroser, grâce à une installation semi-enterrée, 3 fois par semaine et tous les jours en été : 120 litres par jour et par arbre. C’est lors de ces arrosages qu’il ajoute, quelques fois par an, des engrais autorisés en bio.

Pèpè (José) Selva Vergara à Álora :

Pèpè est un des producteurs avec lequel nous avons le plus sympathisé. C’est un grand bavard qui voulait tout nous montrer et tout nous raconter et nous avions du mal à l’interrompre pour lui poser nos questions.

Les parents de Pèpè étaient agriculteurs. Dans sa jeu-nesse, il a dû, comme il dit, « s’expatrier » et a travaillé comme serveur à Barcelone et est ensuite revenu en Andalousie pour monter un bar. Puis il a travaillé briè-vement comme employé et comme chauffeur entre les champs et « l’usine » dans une entreprise agricole d’agrumes en conventionnel. Mais il en rapidement eu assez de respirer les traitements chimiques insecticides et pesticides et n’a même pas terminé son contrat.

Il a réfléchi pour « faire quelque chose où il se sentirait bien », il voulait faire comme ses parents qui prati-quaient une agriculture « écologique » sans le savoir, leur seul engrais était le fumier de cheval. Aujourd’hui, il a réussi à faire pareil « avec plus de papiers et de con-trôles ».

Beaucoup de fincas étaient abandonnées dans la région et il y a 14 ans, il a commencé à louer les terrains sur lesquels il travaille toujours aujourd’hui.

Il avait, bien sûr, entendu parler du « bio officiel » mais cela lui paraissait très bu-reaucratique (suivi et certification) et in-dustriel car de son côté, il faisait du bio depuis le début. Et puis il a rencontré Flo-réal il y a 5 ans et depuis, ils travaillent ensemble avec beaucoup de plaisir même si Pèpè ne vend pas toute sa pro-duction à Floréal.

Nous avons rencontré Pèpè dans son verger d’agrumes en train de labourer avec un engin qui avait des allures de pe-tit dragon doté de « pattes » mécaniques qui aèrent la terre sur une faible profondeur.

Pèpè pratique, pour ses agrumes, un type d’irrigation un peu spécial, « à l’ancienne » : il crée de petites buttes de terre tout autour d’une parcelle puis il laisse l’eau inon-der cette parcelle. Lorsque l’eau s’est bien infiltrée, il crée un petit passage qui permet à l’eau d’aller inonder la parcelle voisine et ainsi de suite jusqu’à ce que tout son verger ait été suffisamment imbibé.

Il cultive environ 800 arbres à agrumes, dont beaucoup de vieux spécimens de plus de 90 ans, portant des greffes récentes, sur une surface de 8 « fanegas » (la fanega était une ancienne mesure agraire qui valait en-viron 6 000 m2 soit un peu moins de 5 hectares).

Il récolte des oranges Valencialate, Nave-late, Lanelate, Salustiana, Sanguines, Verna, … ainsi que des vieilles variétés, des oranges douces, des oranges amères et des citrons Verna.

Nous avons demandé à Pèpè pourquoi on cultive en Espagne l’orange amère puisque, à priori, elle est moins agréable que l’orange (à ne pas confondre avec l’orange douce qui est encore une autre espèce). Pèpè et Floréal nous ont expliqué que dans le temps, la peau des oranges amères était utilisée dans la fabrication de la poudre à canon. Devant notre air ahuri, ils nous ont rappelé ce qu’on a tous fait quand on était petit : on faisait gicler un peu de jus de l’écorce d’une orange près d’une flamme et ce petit nuage

s’enflammait en crépitant. Aujourd’hui, l’orange amère a toujours des amateurs (plus pacifiques) et elle est surtout utilisée dans les préparations culinaires (pâtisserie, confitures, …).

Puis, Pèpè nous a fait une démonstration de son presse-agrume portatif personnel en préparant, tout en discutant, des jus d’oranges fraiches que nous avons dégustés sur une terrasse à l’ombre d’une treille.

Il nous a ensuite emmenés sur sa plantation d’oliviers (environ 1 000 arbres) sur une superficie d’environ 5 hectares. Ces arbres, de plus de 100, 200 ou 300 ans, poussent à flanc de colline, où ils bénéficient d’un excellent micro-climat. Ces emplacements sont les meilleurs pour les oliviers car la pluie ruisselle sur la pente et oblige les arbres à « faire des racines » et à aller chercher des nutriments et ainsi avoir plus de forces.

Pèpè n’arrose pas ses oliviers mais pour arracher les mauvaises herbes, il passe le tracteur dessous et mène un combat cons-tant contre les « mamones » (téteurs, su-ceurs), les gourmands ou remontants qui poussent au pied des arbres et leur retirent de la sève. Il faut sans cesse les couper à ras.

Il nous a livré un petit secret : au mois d’août, il traine des pneus sur la terre sèche pour faire de la poussière qui se colle sur les olives et les protège de la cha-leur et des insectes.

La récolte intervient de mi-octobre à la fin décembre pour les olives Manzanilla à déguster entières puis de fin novembre à fin février pour les olives Hojiblanca desti-nées à l’huile.

Il récolte les olives directement sur les arbres, taillés relativement bas, en peignant les branches à la main pour faire tomber les fruits dans un panier qu’il s’attache sur la poitrine.

Enrique Lopez Serrano à Campillos :

Enrique était auparavant mécanicien dans la marine. Puis il commencé l’agriculture en 1987. Au début en conventionnel, il est passé en bio certifié depuis 1999 car il en avait assez des produits chimiques et aussi car les fruits se vendaient plus chers.

Il nous a reçus chez lui pour le déjeuner autour d’une paella.  

La finca d’Enrique représente environ 14 hectares. Il cultive des manguiers (environ 1 900 arbres) Tommy Atkins (récolte de mi-août à fin août), Osteen (récolte de septembre à mi-octobre) et Keitt (récolte de mi-octobre à Noël).

Les mangues sont des fruits assez fragiles et sensibles aux aléas climatiques, surtout au mois de décembre.

Ceux-là sont des manguiers Keitt (on voit bien la différence ! Non ?)

Enrique prend soin également d’environ 920 clémentiniers Hernandinas (récolte de mi-décembre à fin février).

Et pour finir, il cultive aussi des avocatiers (environ 2 000 arbres) Hass, Fuerte et Ba-con.

L’année dernière il a fait créer des ter-rasses sur une immense portion de son terrain à flanc de plusieurs collines et y a planté plusieurs centaines de jeunes arbres : 110 pieds de Osteen, 620 de Keitt et 150 porte-greffes.

Il a également installé un système d’arrosage semi-enterré impressionnant et dans les creux existants au milieu des avo-catiers, il a aussi planté 360 nouveaux avocatiers Hass.

Enrique Vallejo Gaspar et son fils Juan Enrique Vallejo García à Alhaurín de la Torre :

Enrique est agriculteur depuis qu’il est tout petit. Au début, il a été berger. En-suite, il est passé chef pendant 8 ans et finalement il s’est installé à son compte depuis 35 ans environ. Après une grave maladie causée par le tabac, il est pas-sé en bio depuis 14 ans car il voulait ar-rêter de répandre des produits chi-miques pour sa santé et celle de ses enfants pour lesquels il nous dit travail-ler aujourd’hui. D’ailleurs, son fils Juan Enrique travaille maintenant avec lui à plein temps et est prêt à assurer la re-lève.

Enrique trouve que le métier d’agriculteur est un des moins bien considéré : « On tresse des louanges aux chanteurs ou aux hommes politiques mais l’agriculteur, lui, c’est toujours la cinquième roue du car-rosse alors que c’est lui qui donne à man-ger à tout le monde ! »

Son fils et lui cultivent des orangers (environ 1 200 arbres) Navelinas, Lanelate, Navelate et Valencialate ainsi que des clémentiniers (environ 1 800 arbres) Clémenules et Clémenvillas et aussi des pomellos rouges (environ 400 arbres) Star Ruby et encore des citronniers (plus de 2 000 arbres) Fino et Verna.

D’autre part, ils ont plantés environ 50 000 plants de patates douces qui leur assurent deux récoltes par an, pour un to-tal de 50 à 70 tonnes de tubercules sui-vant les années.

Enrique et son fils sont très mécanisés et disposent de nombreux tracteurs et engins pour entretenir leurs 47 hectares de ter-rains.

Ils disposent également d’un très grand hangar agricole où ils peuvent de temps et temps composer des palettes comme chez Floréal.

Enrique met sa fierté dans la qualité des produits qu’il nous envoie.

Il nous dit « Peut-être que des fois, les fruits ne sont pas beaux mais ils sont tou-jours bons, alors j’en mets plus par res-pect du client. »

Une opération pénible mais incontournable chez tous les producteurs : il nous a fallu goûter tous les fruits … quel calvaire ! … ça a vraiment été très pénible :-)

Avec leurs engins, Enrique et son fils ont aménagé une immense partie d’un de leurs terrains, sur les pentes douces des collines pour y planter des centaines de jeunes arbres : 200 de Navelinas, 220 de Lanelate, 150 de Clemenvillas, 340 de ci-trons Verna, et 200 grenadiers.

Ils ont aussi plantés des kumquats, des limquats, des limes et des mains de Boud-dha (15 de chaque pour faire des essais)

Antonio Santiago Beltran et sa compagne Antonia Jiménez Clavero à Triana / Vélez Málaga :

Antonio et Antonia sont agriculteurs de-puis toujours. L’exploitation est mainte-nant au nom d’Antonia car Antonio est of-ficiellement à la retraite … mais il conti-nue d’aller dans son verger tous les jours, comme auparavant. Ils sont passés en bio depuis 2002 car « ils n’aiment pas les poisons » utilisés par l’agriculture conven-tionnelle. Floréal a avec eux des rapports un peu privilégiés puisque leur fils Pèpè Antonio est le comptable d’Actionfruta.

Leur verger sur les pentes de plusieurs collines est un modèle d’entretien : ses fils viennent donner un coup de main à Anto-nio le week-end pour débroussailler et désherber. Tout le travail se fait d’ailleurs en famille. Après le débroussaillage, ils sèment de la vesce comme couvre-sol et engrais vert.

Antonio et Antonia prennent soin d’environ 400 avocatiers et 800 man-guiers Osteen et Keitt sur une surface d’environ 3 hectares.

Pour les avocats, cette année est pour eux, la deuxième année de récolte médiocre : il y a eu des coups de froid sur les fleurs et les nouveaux fruits et certains n’ont pas été fécondés. Ou plutôt la fleur femelle s’est reproduite toute seule par fécondation « parthénocarpique » et a donné ce qu’on appelle des avocats-cornichons, dont la forme et la taille rappellent, bien sûr, celles de ces condiments. Antonio a trouvé le moyen de vendre ces fruits sans noyau, et qui se mangent comme un produit de luxe (avec par ex. une gamba posée dessus)

Il nous a expliqué que quand il reçoit une commande, il va cueillir les fruits tous les jours au mieux de leur maturité. La qualité de leurs produits est leur principale publicité.

Ils n’utilisent aucun produit chimique, uniquement du fumier de chèvre et la débrousailleuse. Ils ne peuvent pas utiliser le tracteur car les pentes sont trop raides. Les herbes coupées donnent ensuite de l’humus.

Ils ont également quelques figuiers et il a aussi fallu goûter leurs fruits !

A côté de leur verger, ils ont un potager qui, là encore, est un modèle d’entretien : fraises, haricots, aubergines, courgettes, ails, oignons, artichauts, salades, pas-tèques, …

Les tomates dans une petite serre exclusivement réservée à cet usage, …

Ils ont même plusieurs bananiers qui leur tendent leurs régimes. Croyez-moi : la banane cueillie directement sur le régime sur l’arbre a un goût incomparable !

Brigitte a pris très au sérieux son rôle de « gouteuse » qu’elle a rempli avec cons-tance et application.

Juan de Dios García Gonzalez à Lagos :

Juan de Dios est un producteur un peu à part dans le réseau car Floréal va l’aider à « essaimer » et à faire la même chose que lui, c’est-à-dire être le « leader » d’un groupement de producteurs pour vendre à de nouvelles Amaps ou groupements de producteurs en circuits courts. En ef-fet, Floréal ne veut pas faire trop grossir sa société pour ne pas tomber dans le piège de la « bio-industrie ».

Juan de Dios a toujours été dans l’agriculture, d’abord comme employé du CAAE (Comité Andalou Agricultura Eco-logica) : un organisme de certification bio puis, comme on lui reprochait son militan-tisme, il s’est établi à son compte en bio et regroupe déjà quelques producteurs dont il vend les produits sur les marchés locaux (légumes frais, légumes secs, fruits, confitures, miels, sucre, pâtes, fa-rines, …)

Il a planté des patates douces qu’il récol-tera en septembre.

Juan de Dios a des fraises sous serre qu’il récolte de janvier à mai et qu’il vend sur les marchés locaux. Il ne les exporte pas : les Amaps et autres groupements de consommateurs n’en veulent pas car l’hiver n’est pas la saison des fraises.

Il a aussi, sur une autre parcelle, des mangues Osteen (200 arbres), Irwin (200 arbres), Sensación (100 arbres), Tommy Atkins (200 arbres) et Keitt (200 arbres). Le nombre des variétés permet d’étaler les récoltes sur des périodes plus longues. Il a également 40 chirimoyas

Tous les arbres ont été plantés par Juan de Dios et il est fier d’affirmer qu’il fait « zéro traitement ». Une preuve de la qualité bio de ses produits : il a récem-ment observé un caméléon dans son verger.

Certains de ses voisins sont en conven-tionnel mais comme leurs cultures sont sous serre (les toiles blanches), les trai-tements sont confinés et ne se répandent pas. De plus, ces parcelles en conven-tionnel sous serre sont en contre-bas de celles de Juan et au-dessus de lui le ter-rain n’est pas cultivé.

José Manuel Jimenez Antequerra et sa femme Amalia à Torvizcón :

José Manuel est un de ceux qui nous a le plus « bluffé ». Il faut rouler environ une demi-heure sur une toute petite route de montagne puis sur une piste pour atteindre le « bout du monde » : l’extrémité d’une vallée où on finit par tomber sur une maison où il habite seul avec sa femme Amalia. A eux deux, ils pren-nent soin de l’immense finca dont il vend les produits sur les marchés des environs.

Floréal n’était plus très sûr du chemin car il n’était pas venu depuis longtemps (il rencontre plutôt José Manuel dans la plaine où ce dernier lui apporte ses pro-duits).

Là on est accueilli par une meute de chiens aboyant autour de la voiture dont on n’ose pas descendre.

Floréal finit par y aller et appeler du ren-fort dans la maison. Juan Manuel sort de sa sieste (institution incontournable en Andalousie) et pointe la tête pour ap-peler les chiens.

José Manuel et sa femme Amalia nous accueillent dans leur maison et nous font goûter les produits de leur ferme : fro-mage, jambon, vin, … Ils sont fiers de nous expliquer que pour eux le bio n’est pas une obligation mais une réalité qu’ils vivent tous les jours, « ils ont toujours fait comme ça ! »

José Manuel est né dans cette finca et il a commencé l’agriculture à 12 ans avec ses parents qui étaient déjà établis là. Amalia et lui ont eu deux filles dont il espère bien que l’une d’entre elles va reprendre l’exploitation après lui.

Ils ont de nombreux animaux. Comme dit Amalia « J’aime bien les bêtes » : 13 chiens, 4 mulets, 1 jument, 1 âne, 1 chèvre, un « certain nombre » de chats, 200 poules dont « El Barbas » comme on le surnomme, vend les oeufs sur les marchés des environs ainsi que les produits de sa ferme, tous bio (miel, pommes de terre, figues, vins, …).

Les produits d’« El Barbas » sont appré-ciés sur tous les marchés bio des envi-rons

Il prend soin aussi de 500 ruches dont, bien sûr, il vend les 7 à 8 000 kg de miel (c’est le Mil Flores que nous recevons). En hiver, il déplace ses ruches dans la montagne : le froid est un avantage pour combattre la varroose causée par le var-roa, le principal parasite des abeilles, contre lequel, en principe, il n’a pas be-soin de traiter.

Les terrains en face, de l’autre côté de la vallée sont également à lui.

Le « laboratoire » ou José Manuel con-fectionne ses pains de figues et élabore son miel.

Il plante et récolte pas mal de pommes de terre et cultive également des légumes qu’il vend sur les marchés. Il nous a éga-lement montré sa dernière idée : un éle-vage d’escargots pour lesquels il a planté des légumes pour les nourrir et qu’il ven-dra sur les marchés.

Quelques légumes pour les escargots, …

Mais surtout, José Manuel n’a jamais acheté de tracteur : il travaille seul avec ses mulets Morita et Roméro qu’il est fier de nous montrer et de faire évoluer de-vant nous

Il nous montre même comment il les har-nache.

Il ne fait appel à des saisonniers locaux qu’au moment des récoltes.

Il n’utilise évidemment pas de désherbant et laboure ses terrains avec une charrue à l’ancienne qu’il attelle der-rière deux de ses mulets, avec un licol et parcourt ainsi les pentes abruptes de sa finca inaccessibles aux trac-teurs.

José Manuel avec sa charrue à l’ancienne

Le licol des mulets sur lequel il attache la charrue

José Manuel ne sait pas exactement combien il a d’arbres, ce qu’il peut nous dire c’est qu’il a 12 à 13 hec-tares d’amandiers et 4 hectares de figuiers.

Il a également quelques « arpents » de vigne au sommet d’une de ses collines. Il en a confié l’entretien à un fermier et reçoit chaque année le raisin qui lui permet de produire quelques 18 000 litres de vin blanc, rosé et rouge dont nous avons goûté un petit échantillon, dans la tradition des vins doux naturels (un peu comme le muscat de Rive-saltes) et qui supporterait très bien la comparaison avec d’autres crus.

L’Andalousie :

Pour finir, nous avons également fait un peu de tourisme alentour, assez peu d’ailleurs ...

Nous sommes allés à Ronda, où la vieille ville est vraiment spectaculaire. Elle est balafrée par une faille gigantesque tra-versée par trois ponts anciens.

Nous sommes aussi allés dans quelques villages à l’ouest de Malaga. La région est très montagneuse. Entre les plus hauts sommets s’élèvent des collines sur les-quelles on trouve souvent un village tout blanc.

L’Andalousie est toujours aussi attirante pour les vacanciers mais aussi pour les gens comme nous, ama-teurs de bons produits naturels. Nous y retournerons, c’est sûr !

Pendant ces 10 jours, nous avons été reçus à bras ouverts par des gens fantastiques. Leur travail et leur implication nous ont bluffés ainsi que leur éthique, complètement à l’opposé de l’image qu’on a couram-ment de l’agriculture espagnole.

Merci à eux et surtout à Floréal et à toute sa famille si amicale et hospitalière.

Michel et Brigitte