Port Ouvert Ile d'Yeu avril 2016

Port Ouvert Ile d'Yeu avril 2016

Une occasion de mieux connaître le métier des pêcheurs de notre AMAP

En cette matinée un peu fraîche d'avril 2016,  les pêcheurs qui alimentent notre AMAP de l'île de Nantes en délectables poissons nous ont ouvert les portes de leur lieu de travail situé sur l'île d'Yeu en Vendée. Compte tenu de la météo, la traversée depuis Fromentine jusqu'à Port Joinville a été plutôt houleuse. Cependant, une vingtaine de personnes provenant de plusieurs AMAP partenaires avaient répondu présent à l'invitation.
Cette démarche s'inscrit dans l'un des principes de la charte des AMAP qui demande, de la part des producteurs :
- UN ENGAGEMENT ÉTHIQUE qui se traduit par la nécessité d'être transparent-e-s sur les pratiques de culture, d’élevage et de transformation.
- UN ENGAGEMENT SOCIAL qui vise à sensibiliser les amapien-ne-s à leur métier et à la vie de la ferme en participant à l’organisation de visites de fermes et d’ateliers pédagogiques.

Présentation de l'AMAP poisson de l'île d'Yeu

L'AMAP poisson de l'île d'Yeu est une rareté. La pérennité de cette AMAP est sans doute liée à son mode d'organisation.
En effet, elle réunie plusieurs corps de métier :
- 4 bateaux et leur équipages organisés en GIE. Un groupement d'intérêt économique (GIE) est, en France, un groupement doté de la personnalité morale qui permet à ses membres (qui doivent être au minimum deux) de mettre en commun certaines de leurs activités afin de développer, améliorer ou accroître les résultats de celles-ci tout en conservant leur individualité. (source : Wikipédia)
- 1 mareyeur, Yannick Rivallin, de la coopérative Yeu Marée qui achète les poissons en gros à la criée, les apprêtent (tri, élimination des viscères ou des têtes, découpe des filets ...), les conditionnent, les transportent et à les revendent à un grossiste ou à un commerçant de détail (poissonnier, restaurateur, grande surface...).(source : Wikipédia)
- 2 chauffeurs pour assurer la distribution des colis auprès des AMAP. En effet, l'AMAP poisson de l'île d'Yeu est en relation avec 17 AMAP dans les départements alentour.
C'est la coopération entre les 4 bateaux de pêche qui permet de faire face aux aléas de la météo et de la mécanique, car lorsqu'un bateau ne peut pas effectuer une sortie, un autre prend la relève. Ce système permet d'assurer la continuité et la régularité des livraisons.

Mode de fonctionnement spécifique à l'AMAP

- La coopérative Yeu Marée achète le stock de poissons aux bateaux du GIE à un prix fixé, parfois supérieur à celui du marché puis assure le conditionnement des poissons dans les colis. Éric Taraud, armateur-pêcheur et notre guide pour cette matinée, nous précise que la marge récupérée par sa société sur les colis destinés aux AMAP est sensiblement plus faible que celle qu'il pratique dans le cadre de son activité « classique ». Le mareyeur n'est pas perdant dans l'affaire explique-t-il. En effet, Éric Taraud affirme que la coopération avec les AMAP permet de maintenir l'activité de Yeu Marée, l'emploi de ses salariés, mais également celui des 6-7 autres mareyeurs du port, tout en relevant le prix général des enchères à la criée.
- Dans le fonctionnement classique de l'activité de pêche, 60% du revenu d'une pêche revient à l'armateur (le propriétaire du bateau), 40% à l'équipage. Mais en ce qui concerne le tonnage destiné aux AMAP, 100% du revenu revient à l'équipage.
Avec une consommation de 70 tonnes de poissons (sur 600 tonnes produites soit tout de même 11% de la production), 2000 clients et 20 000 colis, les AMAP constituent un véritable soutien à l'activité du port de l'île d'Yeu.
- Les 4 bateaux de la flotte sont spécialisés dans la pêche de poissons de fond : sole, merlu, daurade, thazard... Les pêcheurs se sont engagés à livrer du poisson pêché au maximum dans les 48 heures.

Et maintenant, La visite

=> La criée

L'entrepôtLe box du mareyeurÉric Taraud, armateur-pêcheur

On commence la visite par l'entrepôt dans lequel les poissons sont déchargés puis stockés dans de grands réfrigérateurs.
La visite se poursuit vers l'un des box loué par le mareyeur qui travaille avec l'AMAP et dans lequel est installée la chaîne de préparation des poissons qui sont conditionnés dans des caisses en polystyrène. L'une des personnes présentes soulève le débat sur le polystyrène. La question est évidemment importante compte tenu du caractère polluant de ce matériau. Néanmoins, Éric Taraud nous rappelle que les normes d'hygiènes de la DDCSPP (Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations) imposent l'utilisation du polystyrène comme récipient de transport. Des contrôles ont déjà eu lieux sur les camions de l'AMAP poisson en cours de livraison. On ne peut pas se permettre de badiner avec la réglementation !

=> Le bateau

Les filets de pêcheBateau visitéEmbarquement
L'électronique dans le bateauLa cuisine dans le bateauLa douche dans le bateau
Lieu de stockage des poissonsAtelier de préparation des poissonsBateau Gulf Stream

Sur le quai, Eric Taraud nous présente, stockés dans des grands bacs, les filets qui servent à piéger les poissons. Les filets sont cousus sur la corde par les femmes des pêcheurs. Il faut les remplacer tous les ans. On imagine le travail que cela représente! Un bateau embarque 200 filets. Petite précision intéressante, il n'est plus possible de trouver ce matériel en France, les filets viennent d'Indonésie, les cordes du Portugal.
Enfin, nous partons à l'abordage ;-) .  On peut voir sur les photos que l'espace de vie sur un bateau peut paraître étroit. Or 6 à 7 personnes cohabitent sur ce bateau pendant les 10 jours qui correspondent à la durée moyenne d'une sortie en mer. Ensuite les pêcheurs reviennent sur terre pour 3-4 jours avant de repartir. Cela représente environ 250 jours de sortie par an. Chacun est cuisinier à tout de rôle. Par contre le mécanicien est unique.
Le joli bateau jaune citron de notre AMAP s'appelle Gulf stream. Il est plus petit que celui que nous avons visité et accueille un équipage de 3-4 personnes pour des sorties sur la journée.
Les sorties sont programmées en dehors des périodes de grandes marées car celles-ci malmènent les filets et rendent la pêche difficile.

Le déroulement d'une session de pêche est le suivant : le soir le bateau jette ses filets au-dessus d'une zone propice pour une bonne récolte. Pourquoi le soir ? Car c'est la nuit que les poissons se déplacent. Ensuite le bateau met l'ancre. La corde de l'ancre fait 400 mètres et doit pouvoir retenir un bateau de 200 tonnes. Au matin, les filets sont levés, les poissons détachés puis éviscérés et lavés avant d'être placés dans la soute. Ils sont alors recouverts de glace fabriquée par une machine à glace. L'opération prend une partie de la journée.
Puis le bateau reprend sa route vers une nouvelle zone de pêche repérée grâce au sondeur de fond marin. Un bateau peut pêcher jusqu'à 15 tonnes de poissons en caisse au cours d'une sortie de 10 jours.
Le bateau de pêche représente un investissement lourd. Il faut compter le prix du bateau mais aussi celui de l'équipement électronique (80 000€), du moteur, de système hydraulique pour le levage des filets et de l'ancre, de la machine à glace et d'autres équipements encore.

=> la petite dégustation

Petite dégustation


La visite s'est achevée dans l'atelier du bateau, rempli d'une trentaine de personnes. On était un peu serré comme des sardines, mais on a vraiment pu discuter de façon privilégiée avec l'équipe de l'AMAP poisson et en profiter pour poser toutes nos questions.
La dégustation, très réussie, contenait évidemment des notes marines avec notamment du thon et du merlu fumés délicieux.

Merci à l'équipe de l'AMAP poisson pour cet accueil très sympathique et instructif et à bientôt.